Jean-Paul Philippe fait partie de ces hommes dont on peut lire, à livre ouvert, l’histoire sur le visage. Ce que laisse deviner ses traits et la profondeur de son regard, raconte bien plus qu’une vie.


Lorsqu’il arrive à Paris en mai 1971 sans le sous, l’artiste cherche avec toute la fougue de sa jeunesse l’endroit où installer son atelier. Sans résultat, désespéré, il décide d’aller trouver un peu de réconfort dans un de ces bistrots dans lesquels on entrait comme on entre dans un roman de Zola. La fumée, la musique qui joue fort et puis au milieu de tout ça, Madame Charles dites « Suzon », la taulière. Lui commande un Picon bière à 3 francs et s’accoude au comptoir poisseux sur lequel on peut lire « louerai entrepôt chantier charbon ». A cet instant, cela ne fait aucun doute, c’est la chance qui lui sourit. A force d’insister, Jean-Paul obtient le local tant désiré et réapparaît bientôt avec des outils empruntés aux copains pour en découdre avec ces murs noirs et humides. Les parois commencent à trembler et un homme surgit d’un balcon en hurlant, le visage à moitié couvert de mousse à raser : Alfred Crozatier, propriétaire de l’immeuble souhaite savoir qui vient démolir ses murs.

Suzon, connue pour ses dettes, est convoquée d’urgence.


Plus tard, après quelques Ricard, les excuses et les larmes de Suzon, Mr Crozatier pardonna à tous et régla l’affaire en homme bon qu’il était, se prenant d’une grande affection pour Jean-Paul. Il concéda à le laisser s’installer là, car après tout c’était un artiste. Quarante années se sont écoulées depuis, et dans ce quartier du 7ème arrondissement où se côtoient hôtels de luxe et résidences huppées, flotte un îlot de bois et de pierres, un vaisseau hors du temps, un havre de paix où perdure encore la mémoire d’un Paris fabuleux.